Historique

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HISTORIQUE DU MOUVEMENT OPEN ACCESS

Le mouvement de l’OPEN ACCESS est né il y a environ 20 ans pour une plus large diffusion de l’information scientifique et technique. Il répond à l’augmentation inflationniste du prix des revues scientifiques. Le rôle plus spécifique des chercheurs en mathématique est à souligner. Grigori Perelman fut le premier à s’affranchir des revues traditionnelles et de leur comité de lecture pour publier sur Arxiv.

1ère date importante : 2001 : la Déclaration Internationale sur le Libre Accès, l’Open Access Initiative  de Budapest qui réunissait les premiers chercheurs engagés sur le sujet. Elle fut suivie en 2003 par la Déclaration de Berlin, texte fondateur du mouvement du libre accès.

2012 : La Commission européenne reprend les principes du libre accès et déclare que ce que la Recherche publique a financé et produit doit être accessible gratuitement. Il est nécessaire de renforcer la visibilité de la recherche européenne d’ici 2020.

2013 : les 5e journées de l’OPEN ACCESS sont organisées par le consortium COUPERIN*. Geneviève FIORASO, ministre de l’Enseignement Supérieur et  de la Recherche de l’époque fixe l’objectif de 100% de la recherche publique visible et accessible à tous d’ici 2020. Actuellement, l’accessibilité de la Recherche financée sur fonds publics reste modeste (10 à 20 % sont présents sur Archive ouverte en France). C’est le plan Horizon 2020. Certains établissements encouragent fortement le dépôt d’autres n’affichent pas clairement leur position.

7 octobre 2016 : Loi pour une République numérique. C’est l’obligation légale de la publication ouverte pour la Recherche scientifique bénéficiant de fonds publics.

2017 : l’appel de Jussieu regroupe un ensemble de chercheurs qui lancent un appel à signature d’un texte demandant la mise en place de modèles économiques alternatifs permettant de contourner les APC (Article Processing Charges) pour promouvoir l’accès totalement libre aux publications de la recherche.

pour promouvoir l’acces totalement libre au

Les dispositions de l’article 30

” Lorsqu’un écrit scientifique issu d’une activité de recherche financée au moins pour moitié par des dotations de l’Etat, des collectivités territoriales ou des établissements publics, par des subventions d’agences de financement nationales ou par des fonds de l’Union européenne est publié dans un périodique paraissant au moins une fois par an, son auteur dispose, même après avoir accordé des droits exclusifs à un éditeur, du droit de mettre à disposition gratuitement dans un format ouvert, par voie numérique, sous réserve de l’accord des éventuels coauteurs, la version finale de son manuscrit accepté pour publication, dès lors que l’éditeur met lui-même celle-ci gratuitement à disposition par voie numérique, ou, à défaut, à l’expiration d’un délai courant à compter de la date de la première publication.

Ce délai est au maximum de six mois pour une publication dans le domaine des sciences, de la technique et de la médecine et de douze mois dans celui des sciences humaines et sociales. 

Plus généralement, parmi les applications déjà en vigueur actuellement : l’ouverture des données des administrations publiques, ouverture des données  de l’INSEE. C’est l’avènement du Service Public de la donnée. A ce sujet, Etalab coordonne la politique d’ouverture et de partage des données publiques.

D’autres applications comme l’Open Access des contrats publics de subvention ou l’ouverture des données de la jurisprudence sont en cours.

LE MESRI ET LA SCIENCE OUVERTE

LES PLANS NATIONAUX POUR LA SCIENCE OUVERTE

LE PREMIER PLAN NATIONAL POUR LA SCIENCE OUVERTE

Bilan du 1er plan pour la science ouverte (2018-2021)

LE SECOND PLAN NATIONAL POUR LA SCIENCE OUVERTE

Frédérique Vidal, actuelle ministre de l’enseignement supérieure et de la recherche a annoncé le 6 juillet 2021 le second plan pour la science ouverte (2021-2024). Il a pour ambition 100 % des données de la recherche en accès ouvert d’ici 2030 et a donné à l’INRAE la responsabilité de la création la Plate forme nationale RECHERCHE DATA GOUV pour favoriser l’accès ouvert et le partage aux données de la recherche. Le second plan en détail sur le site ouvrir la science

L’OPEN ACCESS DU POINT DE VUE DU CHERCHEUR

Comment les scientifiques s’organisent pour s’affranchir des aspects commerciaux des revues

L’expression « évaluation par les pairs » a fait irruption dans les médias avec la crise du Covid-19 et l’on en mesure bien l’importance : pour être dignes de foi, les résultats d’une recherche doivent d’abord être examinés de manière critique par d’autres spécialistes du domaine, des « pairs ». De fait, ce processus est une pierre angulaire de la recherche scientifique, d’autant plus importante aujourd’hui où tout un chacun peut « poster » ses écrits sur Internet.

Son histoire est liée à celle des revues scientifiques. La rigueur de l’évaluation par les pairs mise en œuvre par les éditeurs scientifiques d’une revue fait sa réputation. Une revue attire d’autant plus de bons articles qu’elle est sélective, ce qui entretient un cercle vertueux. À partir des années 1950, de nombreuses revues scientifiques furent reprises ou lancées par des groupes privés : le nombre de revues publiées par Pergamon press, basé à Oxford, passa de 40 à 150 en six ans au début des années 1960, tandis qu’Elsevier n’en avait que 10. Puis, dans cet exemple, Elsevier racheta Pergamon Press (et au passage la fameuse revue The Lancet) en 1991, et publie aujourd’hui 2500 revues.

Cependant, depuis les années 2000, le développement d’archives ouvertes thématiques comme arXiv ou l’archive nationale française HAL, ont changé la donne dans le monde de l’édition scientifique. Des scientifiques et en particulier des mathématicien·nes ont commencé à imaginer d’autres modèles de publication que les revues traditionnelles.

Les mathématiciens initient la publication avant évaluation

Un premier fait marquant est venu en 2002 du mathématicien russe Grigori Perelman. Parvenu à des résultats qui résolvaient en particulier l’un des problèmes du millénaire, il déposa ses articles sur arXiv et laissa la communauté mathématique s’en emparer sans les soumettre à une revue. Le processus prit quelques années, comme cela arrive régulièrement en mathématiques. Il aboutit néanmoins à la reconnaissance de ses résultats par l’attribution de la médaille Fields en 2006 et du prix Clay en 2010, des récompenses que Grigori Perelman refusa toutes les deux. Une évaluation rigoureuse par les pairs, et reconnue comme valide par ces distinctions, avait eu lieu sans passer par une revue.

En 2012, un autre mathématicien fut à l’origine d’une initiative retentissante : Timothy Gowers appela au boycott des revues appartenant à Elsevier, dénonçant le « prix exorbitant » des abonnements et les « profits énormes » réalisés par le groupe. Il s’appuyait sur un texte intitulé « The cost of knowledge », signé par 34 mathématicien·nes, dont huit basé·e·s en France.

En 2012, un autre mathématicien fut à l’origine d’une initiative retentissante : Timothy Gowers appela au boycott des revues appartenant à Elsevier, dénonçant le « prix exorbitant » des abonnements et les « profits énormes » réalisés par le groupe. Il s’appuyait sur un texte intitulé « The cost of knowledge », signé par 34 mathématicien·nes, dont huit basé·e·s en France.

Un dossier « Chercheurs, éditeurs : le débat » fut publié dans la Gazette d’avril 2012 de la Société Mathématique de France. La couleur est annoncée dans l’avant-propos : « les bibliothèques de mathématiques souffrent » et « les chercheurs s’interrogent sur le bien-fondé de la gestion actuelle par les éditeurs du processus de publication d’un article scientifique ». Ce dossier comprend une pétition concernant Springer, autre grand groupe de l’édition scientifique, aux côtés de la pétition concernant Elsevier, ainsi que la traduction en français du texte l’accompagnant : « Le Coût du savoir ».

Pourquoi les scientifiques tiennent-ils tant à l’évaluation par les pairs ?

Ce texte indique en particulier « des raisons importantes pour lesquelles les mathématiciens n’ont pas tout simplement abandonné la publication dans les revues » : « l’évaluation par les pairs », qui permet d’assurer la qualité des résultats publiés, et « l’évaluation professionnelle », en partie basée sur le prestige des revues dans lesquelles les chercheur·euses publient leurs travaux. Même si « il n’est pas facile de créer une nouvelle revue […], car les mathématiciens ne voudront peut-être pas publier dans celle-ci et préféreront soumettre leurs articles à des revues dont la réputation est bien établie », plusieurs mathématiciens vont s’y atteler.

Un enjeu encore en filigrane en 2012 est celui du libre accès (« open access ») aux revues, que les groupes comme Elsevier et Springer proposent moyennant paiement par les auteurs de frais de publication, dits « article processing charges » ou APC en anglais. Jusque là, on était dans un système « lecteur-payeur », au sens où les bibliothèques payaient des abonnements aux revues et c’était ce qui en permettait l’accès à leurs lecteur·rices. Le système « auteur-payeur » consiste à faire payer l’auteur·rice pour qu’elle ou il soit publié·e et que son article soit en accès libre. La communauté mathématique se dresse alors contre ce système.

En 2014, le mathématicien Jean‑Pierre Demailly présente à l’Académie des sciences l’idée des « épijournaux » : des journaux scientifiques qui ajouteraient l’expertise liée aux évaluations par les pairs sur des articles déjà postés par leurs auteur·rices dans une archive ouverte. Ce modèle des épijournaux préserve l’évaluation par les pairs tout en évitant les revues traditionnelles. En effet, les comités éditoriaux des épijournaux sélectionnent les articles et les fonts évaluer par des « referees » directement dans un ensemble d’articles ouverts à tous et toutes sur HAL ou arXiv.

Le résultat est que la plate-forme Épisciences accueille désormais des épijournaux créés de toutes pièces, mais aussi des « transferts », c’est-à-dire des revues qui étaient précédemment publiées par des maisons d’édition commerciales. En 2016, Timothy Gowers fonde à son tour un épijournal basé sur arXiv, et d’autres revues se créent de manière autonome, comme les Annales Henri Lebesgue.

De plus en plus de revues scientifiques « migrent » vers des plates-formes non commerciales

Offrir un accès libre sans frais de publication est l’un des buts des mouvements de la science ouverte, soutenus par l’État et les organismes de recherche comme le CNRS. En 2020, différentes initiatives permettent de soutenir les revues qui souhaitent migrer vers des plates-formes plus conformes à leurs idéaux. Le Centre Mersenne en France en fait partie.

En 2020, les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences ont quitté Elsevier pour le Centre Mersenne, afin de garantir un accès libre pour les lecteur·rices sans frais de publications pour les auteur·rices. En mathématiques, un autre événement retentissant a été le départ en bloc en 2017 du comité éditorial du « Journal of Algebraic Combinatorics » publié par Springer. Les membres de ce comité ont fondé dans la foulée une nouvelle revue en « libre accès diamant », avec le soutien de la Fondation MathOA

La Fondation MathOA œuvre pour la transition des revues vers des modèles de publication respectant les principes du « libre accès juste ». Cependant ses succès sont pour l’instant limités à trois revues.

Comment financer ces revues ?

Parallèlement, un nouveau modèle de publication émerge depuis la fin des années 2010. Intitulé « Subscribe To Open », il consiste à ouvrir l’accès aux revues dès qu’un seuil suffisant d’abonnements par les bibliothèques est atteint. C’est un moyen d’éviter les écueils du système auteur-payeur, que la communauté mathématique rejette massivement, et une piste de modèle économique viable pour assurer la publication d’articles en accès libre. Car celle-ci a toujours un coût, aussi bien pour la gestion du processus d’évaluation par les pairs, que pour la mise en forme des articles et leur archivage.

En mathématiques, ce modèle « Subscribe To Open » suscite un intérêt certain. Il été adopté par la maison d’édition EDP Sciences, qui publie les revues de la Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles, mais aussi par la maison d’édition de la Société mathématique européenne. Enfin, le président de la Société Mathématique de France indiquait le considérer en juillet 2020.

Les mathématicien·nes sont ainsi toujours en première ligne sur les évolutions de l’édition scientifique. L’avenir dira si elles et ils imaginent des modèles de publication vraiment différents des revues héritées de leurs ancêtres.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Il fait partie de la série « Les belles histoires de la science en libre accès », publiée avec le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Pour en savoir plus, veuillez consulter la page Ouvrirlascience.fr. Sylvie Benzoni-Gavage, Professeur en mathématiques à l’Université Claude Bernard Lyon 1. Directrice de l’Institut Henri Poincaré, Sorbonne Université

Mise à jour du 7/07/2021

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